Carnet du Pontife ... les ponts du Québec

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Ponts couverts, les courants


Au cours de ses 21 ans d'existence, la Société québécoise des ponts couverts (SQPC) a réalisé une véritable battue pour retracer et recenser tous les ponts couverts ayant été construits au Québec. Il faut préciser qu'avant la naissance de l'organisme en 1981, on ne faisait que très peu de recherches sur le sujet. Il y a 25 ans, les vieux ponts de bois ne soulevaient guère les passions et, plus souvent qu'autrement, le Québécois typique voyait en ces vieilles charpentes un obstacle au progrès. 

Des quatre coins de la province, de Pont'âge en Pont'âge (le bulletin trimestriel), ce regroupement d'amateurs de belles charpentes a recueilli moult archives en traquant le moindre indice à propos d'un pont ou d'un autre. Ces documents photographiques, monographiques, mémoires de vieillards, … ont servi à alimenter une base de données. Un an après sa fondation, la société répertoriait déjà au-delà de 541 ponts existants ou disparus. En 1986, la liste des ponts couverts en comptait 785. Aujourd'hui, ce sont plus de 1020 ponts couverts qui sont connus et, bien souvent, documentés. Malgré l'énorme travail accompli par les membres depuis les débuts et contrairement à ce que l'on serait porté à croire, de nouvelles structures, jusque là inconnues, s'ajoutent encore à la liste. Toutefois, le rythme des découvertes est beaucoup plus saccadé. La dernière version officielle de cette base de données, la 8, est un outil unique pour l'étude des ponts couverts de chez nous.




Pour celui qui s'intéresse de près à la recherche et à l'écriture,
il ne peut qu'applaudir à la somme des textes et des données d'inventaire publiés par les membres de la Société québécoise des ponts couverts.
Après l'appareil photo, le guide Les ponts rouges du Québec s'avérera l'instrument essentiel du chasseur de ponts rouges en safari.

Au moyen de la liste 8g, une version de travail non publiée, je me suis prêté à un exercice visant à évaluer les grands courants de construction et de disparition des ponts couverts québécois depuis leur origine connue jusqu'à aujourd'hui. À cette fin, j'ai conservé uniquement les ponts pour lesquels les dates de construction et de disparition étaient connues ou reconnues (c'est-à-dire dont la date relève d'une interprétation unanime parmi les experts). Les informations sont traitées par tranches de 10 ans dans les histogrammes. Ces derniers permettent de dégager un bon aperçu de la réalité, compte tenu de l'importance de l'échantillonnage, soit un total de plus de 500 ponts.




Construit en 1887 sur la rue Wyman à Rock Island (Estrie),
ce Town simple, à toit à pente forte, figé sur la pellicule en 1941, paraît protégé et prémuni contre l'endommagement. Il disparaît en 1958.


La construction des ponts couverts au Québec


Si les premiers ouvrages en bois à toiture, dont les charpentes furent très variées, sont construits vraisemblablement vers 1810-1815, le véritable élan dans l'implantation des ponts couverts n'apparaît que vers la fin du 19e siècle alors que 6.99 % des ponts couverts québécois furent construits pendant la période 1880 à 1889. Par la suite, le phénomène suit et parfois précède la colonisation pour les prochains 50 ans. En effet, de 1890 à 1939, c'est plus de 72,24 % des ponts couverts qui seront mis en service. En extrapolant avec le nombre total de ponts couverts recensés au Québec, il se serait érigé environ 740 ponts «rouges» dans la Belle Province pendant cette période. À juste titre, celle-ci peut être qualifiée «d'âge d'or» des ponts couverts.


Construction des ponts couverts des ponts couverts au Québec

par tranches de 10 ans de 1812 à 1959

Dans les décennies 1940 et 1950, cette technique économique et révolutionnaire à l'origine devint peu à peu obsolète face à l'arrivée de nouveaux matériaux et nouvelles techniques dans l'ingénierie des ponts. Selon la liste SQPC, le dernier pont couvert authentique sera construit en 1955 sur la rivière Lavigne à Despinassy, non loin d'Amos en Abitibi, et marque ainsi la fin d'une époque.

Si autrefois les spécialistes s'entendaient à l'effet que le Québec ait compté pas moins de 1000 ponts couverts sur ses terres, on doit admettre aujourd'hui que cette thèse doit être revue. Avec la vitrine qu'est devenue l'internet, ce nouvel outil de communication et de recherche entraîne un léger regain dans la découverte de ponts de bois couverts, comme les mi-hauteurs en particulier, et tend à repousser ce nombre vers la barre des 1250.


La disparition des ponts couverts au Québec


Si les feux involontaires ou criminels, la ruine du bois, les inondations ou les débâcles ont brutalement démoli plusieurs de nos ponts couverts, la quête d'un réseau routier adapté aux charges et dimensions des véhicules en constante progression a provoqué la disparition de la majorité de ces ouvrages d'allure romanesque.


Disparition des ponts couverts au Québec

par tranches de 10 ans de 1812 à 2002


Dans les années 1920, près de 5.59 % des ponts couverts disparaissent. De 1940 à 1979, c'est une chute dramatique du parc de ponts couverts. Ce sont plus de 71.68 % des ponts couverts qui sont rayés du patrimoine en moins de 40 ans. Ainsi, le progrès, cet implacable ennemi, balaie sans hésitation et sans vergogne ces ponts pionniers. Comme nous l'avons vu plus haut, ce pourcentage correspond à environ 740 ponts couverts. En terme de courant ou de grande période historique, il est difficile de trouver plus explicite.


Cliché du pont de Melbourne (Estrie). Pareille scène n'a pu qu'inspirer peintres et poètes! Photographie extraite de Les ponts couverts du Québec, Ministère de la Voirie, 1972.

À partir de 1980, l'extinction crainte par les militants et autres admirateurs de belles structures perd régulièrement du terrain. Peu à peu, en 22 ans de promotions, de discussions et de luttes en tout genre, on endigue les disparitions. L'ère de la sauvegarde commence au Québec mais … avec du retard et sur la pointe des pieds. Bon an, mal an, la réserve de ponts couverts se maintient aux alentours de 90 ponts. Néanmoins, 6.17 % de ces ouvrages patrimoniaux sont perdus durant cette période.


Et ensuite ?


Malgré la dissolution corporative de la SQPC, chaque amateur de ponts couverts doit poursuivre ses actions dans son milieu. Comment ? Simplement en instruisant ses pairs à l'importance de préserver ces charmantes charpentes d'hier. Deuxièmement, en faisant connaître vos découvertes.


Des ponts couverts à portée d'automobile aux quatre coins du Québec.


Des 1020 ponts répertoriés, 87 d'entre eux subsistent toujours en 2006 de gré pour les uns ou de force pour certains. La recherche historique et la promotion de ces ouvrages d'art si significatifs dans notre histoire doivent se poursuivre. Ainsi, ensemble, nous pouvons raconter cette épopée fascinante qu'a été la conquête des cours d'eau et des territoires du Québec au moyen d'un pont de bois et d'un toit plutôt modestes issus des mains habiles et débrouillardes de nos pères.



Jean Lefrançois, auteur
mise à jour : 4 décembre 2006





11/11/2006
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